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Didier Ben Loulou
Danse                
bleu de terre rouge
Rita Quaglia et Lluis Ayet

[enregistrement sonore, Lluis Ayet]


Une itinérance dans la ville Jérusalem, en compagnie du photographe Didier Ben Loulou, à la recherche de fragments d'espaces laissant entrevoir, sous leurs successives stratifications, les traces des différents passages et appropriations. Une série d'images, qui ne parlent pas d'effacement, mais d'une superposition de strates, matières, corps, couleurs, signe qui s'affirment dans une esthétique de la disparition.
On pourrait dire que ce qui justifie l'existence de cette ville serait son « hors champ ». Comment appréhender la présence d'un corps dans ce parcours insolite, sinon comme une matière, une mémoire, une couche supplémentaire, imposant sa présence dans cette nécessité d'appropriation d'un lieu ? Quelle signification pourrait prendre alors le mot « profanation » ?
Pour cette création, la confrontation à la photographie et en particulier aux images de Didier Ben Loulou, témoignage de cette itinérance, tiendrait plutôt d'une mise en abyme du voir que d'une présence glorieuse du corps. Des images « hors lieux » qui inventeraient une géographie du détail faite de fusion et fragmentation à la fois.
La photographie deviendrait alors, peut-être, le lieu d'un écart, d'une brèche entre le sensible et l'intelligible, entre la copie et la réalité, entre le souvenir et l'oubli, lieu où les corps chercheraient à s'introduire dans une sorte de vertige du déplacement oscillant entre un hors champ tangible et la focalisation du détail.

Conception, chorégraphie et interprétation : Rita Quaglia et Lluis Ayet
Matériaux photographiques : Didier Ben Loulou
Installation lumière : Luca Ruzza Partition sonore : Eiji Nakazawa
Collaboration artistique : Toni Cots
Chargée de diffusion : Céline Chouffot
Administration : Céline Jeannin
Festival de danse de Montpellier 2006
Arcadi La revue n°02, avril 2006

Entre 12 et 14 heures: c'est à cette heure-ci que pendant l'été, la lumière de Jérusalem est la plus violente, la chaleur la plus insoutenable et le contraste entre le corps et les ombres le plus frappant. C'est l'heure pendant laquelle les rues des quartiers de Jérusalem sont le plus affolées, où le mélange des cultures est le plus étonnant. C'est à cette heure-ci que chaque jour pendant plusieurs semaines de l'été 2005, nous commencions notre itinérance dans la vieille ville. En compagnie de Didier Ben Loulou et de Lluis Ayet qui a fait un travail de prise de son, nous avons arpenté, pendant des jours entiers, des rues étroites, des esplanades, des cours, des ruines profanées, des toits et des remparts en essayant de retracer une géographie insolite. Espaces de cohabitation, espaces de séparation, nous étions toujours très attentifs à comment le corps interagit avec les lieux qu'il traverse ou habite. "Des relations apparentes et subtiles qui relient un corps à des espaces urbains dans son rapport au profane et au sacré", cela était l'objectif de la recherche à l'origine de ce séjour. Comment s'inscrire avec notre présence par un acte poétique d'appropriation, dans ces espaces qui portent les signes de désir de possession? Comment laisser agir les matières, leur donner la puissance de révéler l'enfui? En s'écartant des règles et des appareillages de la religion, la relation entre profane et sacré apparaît plutôt comme nostalgie d'une absence. Le rôle de la photographie a été à cette occasion celui de capter l'insaisissable, ces moments fugaces pendant lesquels le corps ne traverse plus l'espace, mais, il se laisse, peut-être, traverser par lui. Dans cette prochaine création "bleu de terre rouge" très peu des images, sur les nombreux clichés pris à Jérusalem, seront remises en jeu. Nous avons choisi ceux qui nous parlent le plus de tensions entre intensité lumineuse et expérience tactile, entre instant du corps et histoire des murs, entre espace du sacré et espace du profane. Des images "hors lieux" qui inventeraient une géographie du détail faite de fusion et de fragmentation à la fois. Il ne s'agirait pas ici de traiter la relation entre le corps et l'image comme une cristallisation en double du réel, mais comme un tremplin dynamique, un simulacre en mouvance permettant d'opérer, peut-être, un travail de détournement, de transfiguration, de transgression. Réinterroger l'image, l'imaginaire, l'imagination voudrait dire pour nous réinterroger la capacité que possède la photographie à masquer, détourner ou réfléchir une réalité profonde, mais aussi se faire happer par un fragment de temps d'espace et de matière, pour le laisser apparaître sous un jour inattendu. Les images seront très présentes sur scène mais de façon impalpable, dans une esthétique et un dispositif scénique qui tiendraient plutôt d'une mise en abîme du voir que d'une présence glorieuse du corps. La photographie deviendrait le lieu d'un écart, d'une brèche entre le sensible et l'intelligible, entre la copie et la réalité, entre le souvenir et son effacement; un lieu ou les corps chercheraient à s'introduire dans un acte subtil et poétique de profanation.

Rita Quaglia et Lluis Ayet

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