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Didier Ben Loulou
Dominique Gaessler, Photographiques n° 113, 1986

Les photographies de Didier Ben Loulou sont le fruit d'une quête de prises de vues effectuées sur une période de cinq années lors de nombreux et longs séjours à Tel Aviv. Irrésistiblement attiré par les faubourgs de la ville, un espace urbain situé près de la mer, l'auteur hors de toute présence directe de l'homme pose le regard aigu de l'observateur attentif. Poser, voilà le verbe qui justifie une approche maîtrisée en profondeur: l'étude de la spécifité d'un lieu, de la substantifique moelle d'une réalité. Les images de Didier ben Loulou sont carrées pour affirmer d'autant plus le caractère démonstratif du projet et le caractère définitif de l'acte photographique dans le choix du cadrage de la portion de réalité prélevée. Les lieux sont là pour eux-mêmes.

Didier ben loulou ne souhaite pas laisser le spectateur aller à des digressions dans la lecture de ses images. Il démontre du ressenti, du sensible face aux choses. Ce travail est un parcours d'une émotion personnelle solitaire pour des lieux chargés, chargés de sens: les maison aux crépis délabrés, aux peintures écaillées, renvoient à la marque du temps, à un passé, à la mémoire, des lieux. L'apparence séculaire de ces endroits provoquent nos réflexes qui tendent à accréditer l'idée d'ancien, d'époque lointaine. Ces images documentent cette impression.

Ces faubourgs, à les comparer à l'imagerie des plus vieilles capitales européennes, nous projettent dans l'Histoire. Mais la légende de ces images est là; s'agissant de Tel Aviv c'est à l'histoire récente qu'il nous faut nous référer. La fondation de la ville n'est vieille que de soixante ans.

Étrange, troublante et attirante apparence. De la couleur préférée au noir et blanc - parce qu'il ramenait trop à la rue et au vacarme de la vie en ville -, du choix du format carré - c'est le format idéal, parfait et fermé et puis les images qui nous parviennent par flots, celle des magazines, du cinéma ou de la télévision sont rectangulaires et allongées. Des tirages originaux enfin, réalisés par Fresson - pour restituer toutes les matières et l'érosion - se dégage une atmosphère hors du temps.

Tout concourt à justifier cette idée d'inéluctable, d'éphémère, d'abandon, de mutation d'une société moins sûre d'elle même, à l'arrogance mise en sourdine, qui perd de sa superbe.Des signes tangibles ça et là nous font osciller entre la fin d'un monde et le début d'un autre. Les faubourgs et les banlieues sont des no man's lands propice à ces révélations. Ces lieux sont les territoires des bouleversements inéluctables, les symboles des devenirs et des mutations perpétuelles.

Didier Ben Loulou avec forme et esthétique a procédé à un état des lieux.

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