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Didier Ben Loulou
Guy Mandery, Album public, chroniques et portraits, Editions Helio, 2008
Didier Ben Loulou, La pierre et la chair de Jérusalem C’est un pari fou et un défi qu’il s’est lancé: dire Jérusalem, la cité trois fois millénaire. Autant dire l’indicible, photographier l’invisible, représenter l’Esprit Saint, imager la Torah, l’Ancien Testament et le Coran réunis ! Et sa quête n’est pas que religieuse, puisqu’il se mesure à l’histoire et plonge dans l’œil du maëlstrom de l’actuel Moyen-Orient. Cela ressemble à une bravade donquichottesque, et pourtant Didier y parvient de manière plus que convaincante, avec éclat. Fuyant le pittoresque abondant et fleuri de la Ville Sainte, il a construit un damier de paysages et de visages (lui dit “un palimpseste”) qui nous parle et ne peut laisser indifférents que ceux qui ignorent ce que représente Jérusalem pour l’humanité. Paysage et portrait sont peut-être les deux seuls vrais fondements de la photographie, et pourtant Didier réussit à en renouveler les genres. Par des cadrages serrés et de très gros plans sur des fragments de corps et de visages, comme seuls l’osaient certains photographes des années vingt et trente dans leurs expérimentations ; par une couleur puissante où dominent les rouges et les noirs, couleurs violentes et subversives s’il en est. Le rouge surtout, celui de la terre et des pierres, des flammes sur les tombes, du sang des moutons. Toute une pourpre en écho au rouge des chairs qui vibrent de cet incarnat dont l’étymologie seule dit la nuance et la chaleur. Alliage singulier et flamboyant que forment ces personnages photographiés à une distance qu’en balistique on nomme “à bout touchant”, et cette lumière qui brûle. À l’opposé de l’orientalisme, ces images n’en possèdent pas moins la qualité dont Focillon disait “qu’elle accumule les siècles dans le momentané de l’instant”. Cette fresque humaine palpite sous nos yeux sans qu’on sache avec certitude à qui appartiennent ces visages : Juifs orientaux ou Palestiniens, ami ou hostile, l’Autre ou l’un des Nôtres, semblable ou définitivement différent ? Grand peintre de la matière vivante, Ben Loulou ne fournit pas les réponses, mais un questionnement fertile. Le traitement que le photographe applique à Jérusalem, la vision hallucinée qu’il en donne, nous entraînent dans un rapport au temps vertigineux, dans lequel l’ici, le maintenant et le ça a été s’entremêlent et dansent devant nos yeux à peine crédules. Car nous savons pertinemment que l’artiste encore une fois, dit plus vrai que tous les documentalistes, et que la photographie avec sa spécificité, nous dit l’indicible qui échappe aux mots, les précède. Une œuvre forgée avec de tels éléments ne peut qu’être appelée à durer et forcir.
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