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Didier Ben Loulou
Tel Aviv / Didier Ben Loulou
Tel Aviv, j’ai voulu en imaginer ses glissements, ses mouvements, ses lignes, sa mobilité, ses contours, sa surface. J’ai toujours été rivé simplement au réel. C’est en répétant le même chemin jusqu’à Jaffa, sorte d’envers de Tel Aviv que j’ai entretenu un dialogue entre ces deux territoires: Jaffa, la passe*, Tel Aviv la blanche*. Tel Aviv fut pour beaucoup et pour moi-même une nouvelle page, une nouvelle écriture, un nouveau départ. Je n’ai jamais fait d’images avec la simple neutralité du document, facile, attendu. Il s’agissait de cheminer sur ma propre trace, ma propre absence pour chercher en moi une vision jusqu’à l’éblouissement. L’image doit être avant tout une expérience intérieure. Je me sentais traversé par un même mouvement centrifuge de la ville, de la mer et du corps. C’est avec un besoin de précision, image après image, que débute cette longue traversée, de ce qui va se déplier sur plus de vingt ans, et qui commence ici dans ce Tel Aviv des années 80. Comment construire une sorte de vision d’ensemble historique, au-delà du simple reportage et parvenir à la série des lettres, anhistorique, où plutôt hors du temps? Avec Tel Aviv nous sommes sur les rivages et les marges d’une recherche qui débute: de Tel Aviv-Jaffa à Jérusalem, des visages* jusqu’à la série finale des lettres. La série des lettres, sorte de point nodal finissant par tout récapituler, géographies et visages, devient un travail silencieux se voulant dans une intensité radicale et paradoxale, loin du simple donner à voir. Vertige d’une terre, de son histoire, de ses menaces, de ses guerres, de ses métamorphoses, mais aussi de ses belles et mauvaises prophéties, Tel Aviv me fut une porte d’entrée qui ira s’élargissant tout en se réduisant. J’ai fini par ne regarder et photographier que de simples lettres en hébreu, sur le mont des oliviers où sur le bleu des tombes de Galilée. Il me fallait de l’écriture, seulement de l’écriture pour inverser les images en lettres. Étrange cycle parvenu à une forme d’aveuglement, se refermant sur lui-même, où plus rien ne peut se dire d’autre que le silence des noms, des temps. Tel Aviv aura été la première grille, trame, syntaxe qui ouvrira la voie à l’ensemble de ce long parcours par delà toutes les solitudes. * Voir Jaffa, la passe, texte Caroline Fourgeaud-Laville aux éditions Filigranes. * Tel Aviv, nommée aussi la ville blanche en hébreu. * Voir Sincérité du visage, texte Catherine Chalier aux éditions Filigranes.
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