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Didier Ben Loulou
Gilles Paris, Le Monde 2, 15 octobre 2008
Il est des cités écrasées sous le poids de leurs mythes ou d'une histoire aux allures de catafalque. Jérusalem est de celles-là, à laquelle, pourtant, il est toujours demandé de se conformer aux standards des chromos, monuments éternels, quidams avenants, orientalisme de pacotille et ciel éclatant. Une petite ville proprette en somme, aussi fausse que le placage de pierre blanche qui en fait l'une des signatures sur les carcasses de fer et de béton des immeubles modernes entourant la vieille ville. Le Jérusalem de Didier Ben Loulou, limité à ses quartiers enserrés dans les murailles de Saladin, est bien différent. Tout en ombres et en gros plans. Impitoyable avec cette pierre blanche, soumise ici aux souillures et aux corrosions. La pierre sur laquelle se gravent les épitaphes aux morts comme les revendications des vivants, témoignages de la sourde bataille qui s'y déroule, récits contre récits, mémoires contre mémoires. De cet univers segmenté à l'extrême, où chaque pavé fait l'objet de stratégies de conquête rivales, le photographe fait un tout de signes et de silhouettes sombres, parfois transfigurées par une main, un regard, forcés à l'infini. C'est ainsi un Jérusalem inédit qui s'installe et qui se dévoile. Inattendu et terriblement humain s'agissant d'une ville que l'on peut juger trop souvent possédée par le divin. Il ressort de cette quête patiente, échelonnée sur près d'une quinzaine d'années - il a pratiquement fallu le même temps pour que Didier Ben Loulou achève un travail similaire sur Jaffa -, un sentiment de dureté et de tension qui sont la vérité de cette ville. Le photographe : - Né à Paris en 1958, Didier Ben Loulou a suivi des études d'histoire de l'art tout en s'initiant à la photographie. En 1981, il séjourne pour la première fois à Tel-Aviv où il découvre Jaffa, ville à laquelle il consacre un livre, Jaffa, la passe, en 2006 (Filigranes, 136 p., 40 €). En 1993, il décide de s'établir à Jérusalem qui devient le point d'ancrage de son patient travail artistique pendant plus de quinze ans (Fragments, Filigranes, 1999, 64 p., 25 €; Sincérité du visage, Filigranes, 2004, 96 p., 35 €). Les oeuvres de Didier Ben Loulou, saluées par de nombreux prix, sont régulièrement exposées et représentées dans de prestigieuses collections privées et publiques, dont le Fonds national d'art contemporain (Paris). - Déjà engagé sur un autre projet, à Athènes, consacré aux gens du voyage dans les périphéries, il publie aujourd'hui Jérusalem (éditions du Panama, 165 p., 39 €). En parallèle une exposition de ces photos est organisée à la galerie Hagalleria, 45, rue Crozatier, Paris-12e. Tél. : 01-43-43-99-02. Du mardi au samedi de 11 h 30 à 19 heures, du 30 octobre au 31 décembre.
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