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Didier Ben Loulou
Libération, 8 novembre 2004, Jean-luc Allouche

Des visages comme il est donné à peu d'en regarder. Au plus prés. Des yeux, des rides, des mains, des ongles, des poils. Les ravines du temps, de la souffrance, regards où ne brille aucune joie, mais l'orgueil modeste d'être encore là, « vivants au bord d'une plainte insupportable, mais aussi, incompréhensiblement, d'une audace de vie inouïe», comme l'écrit Catherine Chalier.

Didier Ben Loulou offre ici, en quatre dizaines de clichés, son «regard ni ethnologique ni partisan» sur les habitants maudits de Jérusalem. Surtout, sans les «poses convenues ou rituelles...qui transmettent cette icône toujours intacte « de la ville trop sainte. De même ne cède-t-il pas à «la tentation si peu exigeante d'inciter à la compassion», à «l'opprobre autoritaire des jours sombres».

Mieux, le photographe se refuse à la facilité du «grand angle» ou du «zoom» qui, d'ordinaire magnifient ou exacerbent les images des conflits. Didier ben Loulou approche au plus intime des visages, dont le secret »demeure inviolable, même s'il est malheureusement aussi soumis au péril d'être violenté et assassiné». C'est sans doute là que que réside le bien-fondé de son travail. Dans son incomplétude, dans le choix de fragments de vies, dans la nudité. Car rien hormis quelques plans elliptiques, révèle le lieu, Jérusalem; rien d'anecdotique, de sensationnel, «d'actuel», alors que tout exprime l'essence de la ville déchirée.

Ce photographe est un marcheur des ruelles et des souks de la vieille ville arabe. Un homme sincère qui aime son prochain, fût-il, pour l'heure, «l'ennemi», dans le respect de son altérité. On est à mille lieues de la photogénie ressassée du conflit israélo-palestinien. Peut-on pour autant, y «entrevoir l'aube incertaine et fragile d'une réparation», comme l'espère Catherine Chalier? On devine que Didier Ben Loulou ne souhaite y répondre. Car ses visages laissent entrevoir une lumière dont ils sont seuls comptables: il ne tient qu'à eux qu'un jour ils s'éclairent d'un sourire, dans une ville qui ne prête pas au bonheur.

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