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Didier Ben Loulou
Chantal Dahan, "Didier Ben Loulou Tel Aviv, Yaffo", Images, Centre de la Photographie, Genève
Tel Aviv le vieux et Yaffo la belle. Villes millénaires, restes d'un passé déchu, histoire enfouie que peut-être seule l'image peut encore exhumer. Image, photographie. Intensité de lumière, couleur et espace pour imprimer l'odeur, le présence indéfinie de l'ailleurs devant lesquels les mots restent muets. Encore faut-il avoir des yeux pour entendre et des oreilles pour voir. Didier Ben Loulou, à travers ces lieux qui le hantent, nous transmet un pélerinage dans sa mémoire universelle et qui remonte à l'origine. Nos yeux peuvent, dès lors, entendre ce que la pierre millénaire nous dit, nous murmure ou nous crie de ses errances passées, présentes et à venir. Le temps imprimant sur la pierre meurtrie des silences aigus qui la taillade de souvenirs obsédants qui sont tus, mais qui hante la ville déserte et nue, abandonnée par la vie, écrasée de soleil, qui traîne dans les rues, qui se meurt au souvenir, fibre à fibre, pierre à pierre. Ces murs ne nous racontent pas n'importe quelle histoire, citadelles du passé, elles restent le signe défait mais néanmoins là, prisons de nos désirs, frontière de l'invisible à pénétrer armé d'émotion jusqu'aux dents. Marcher dans ces rues, c'est marcher sur les mémoires qui nous constituent, sur nos tombes ouvertes, sur nos vivants qui hurlent encore face à l'impossible destinée d'un peuple, de la vie. L'interdit de représentation est respecté, aucun visage, aucun corps, si ce n'est parfois une tache d'ombre qui vient puiser et s'épuiser dans le décor, impuissante. La pierre s'y fissure de l'attente comme nos espoirs s'amenuisent dans nos mémoires d'enfants fous de soleil et qui marchent dans le noir. Le souffle traverse la ville nue, secoue les draps tendus, seul signe de vie qui s'écoule en son ombre, passe sous l'appareil de Didier Ben Loulou qui le saisit au vol comme on saisit la parole au bond... Lecture d'un lieu qui s'abandonne à nos yeux, détritus de nos mémoires, mais qui nous parle d'un infini sur lequel il pose sa marque dérisoire. Dérisoire des signes: un nom de rue, une boîte aux lettres, ou un coca-cola en hébreu dont déjà le fer est rogné par la rouille, par le temps, dérision. Tout vient souligner cet infini sur lequel la vie s'épuise à se maintenir en prise, emprise d'un au-delà qui lui échappe mais qui la hante. De fantômes la vile est habitée, fantômes photographiés en plein soleil par l'oeil exercé de celui qui les entend encore chanter, psalmodier la mémoire du monde qu'on ne peut pas oublier. Car c'est bien dans ce passé que s'inscrivent les pages blanches du futur, à écrire le présent. Regarder, fixer et se fixer sur ces murs, c'est aussi rechercher la brèche qui seule peut ouvrir sur l'ailleurs qui s'origine de l'ici. Ne pas oublier sa mémoire, savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va. Paysages, images, photographies d'un lieu/origine à traverser pour enfin rejoindre les bouts de ciel bleus qui marquent chaque image, comme chaque phrase se ponctue du souffle qui passe. Rythme immémorial, trouée douloureuse et nécessaire qui nous raccorde à l'ailleurs.
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